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La rupture

 

La perte de mon unique amour se fit en une fraction de secondes, me laissant seul face à l'éternité. De ces quelques paroles assassines que ma belle me planta dans l'âme, me faisant comprendre qu'elle en aimait un autre, il ne resta de moi qu'un être blafard, livide, d'un amour propre parti en vacance sur une terre aride où ne pousse que la souffrance de l'abandon.
J'ai du me rendre à l'évidence en écoutant ses propos, son action était préméditée et résolue: "Raclure! Impuissant! Tu es la pire chose qui me soit arrivée... Je te quitte, je ne t'aime plus! ", me dit la sauvage que j'avais pourtant aimé durant tant d'années. 
Le mal que je ressentis quand ses mots traversèrent mon esprit me firent l'effet d'un laser tranchant les hémisphères de mon cerveaux, dans une chaleur si intense que la brûlure  de cette opération symbolique allait laisser tomber deux parties de mon visage sur le sol de la cuisine, pour qu'ils puissent y nourrirent les vers. Mes yeux se mirent à fondre en larmes remplis de sang sous le regard attristé de la pleine lune, visible par la fenêtre de la cuisine; futur cimetière de notre amour déchu. Je le sus immédiatement, cette nuit et toutes celles qui allaient suivre me conduiraient vers la mort de mon être et de mon orgueil d'homme trahis. 
Puis, au milieu de cette mare de sanglots, se mirent à tournoyer une nuée de serpents mortels autour de mes poignets, faisant comprendre à la belle que mes poings allaient partir dans toutes les directions, si elle poursuivait dans la même ligne de conduite, me martelant l'amour qu'elle portait à  présent pour un autre, le sale, le puant, la bête, son amant. 
Voyant que le drame couvait, la belle se calma rapidement après avoir marqué un silence qui resta dans ma conscience, comme l'expression de l'infini pour une personne qui n'a jamais fait l'expérience de la mort.
Je bouillonnais de plus en plus et je m'emplissais d'une rage capable de faire hurler les loups à la nuit, histoire de les faire partir en horde sauvage, pour trancher la jugulaire de "l'autre", l'immonde, le barbare. Ensuite, je me suis effondré sur le sol pour y dormir une éternité.
A mon réveil et au cours des mois et des années qui suivirent, mon coeur blessé ne fut plus jamais capable d'aimer de la même manière, de faire à nouveau confiance à une femme, tout en admettant que le problème puisse être le même pour une femme trahie.
Cela étant, aucune dame sur cette terre ne pourra remplacer, la douleur assassine, tigresse pâlotte, rampante ou joviale, dont ce barbare a fait usage pour causer ma perte en s'emparant du cœur de l'être que j'aimais. 
Accepter de se livrer, c'est aussi prendre le risque de perdre une partie de soi, à tout jamais.

 






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